Vendredi 30 octobre, la mairie de Boulazac Isle Manoire a organisé un rassemblement de solidarité avec les communes de Trappes et La Verrière.
Retrouvez ci-dessous les discours de Mme la Maire, Sébastien Peytavie et Marie-Claude Varaillas.
Mesdames et Messieurs,
Il y a une dizaine de jours, nous nous réunissions devant les mairies pour dire notre indignation et notre solidarité. Cette solidarité, c’est ce qui nous unit une nouvelle fois aujourd’hui. C’est tout le sens de l’appel à nous rassembler, lancé par les élus du conseil municipal de Boulazac Isle Manoire, aux côtés de la sénatrice de la Dordogne, Marie-Claude Varaillas, et du député de notre circonscription, Sébastien Peytavie.
Marie-Claude Varaillas, qui est retenue au Sénat où elle porte pour son groupe le projet de loi sur la protection de l’enfance est représentée par son suppléant, Olivier Georgiadès, qui nous dira un mot. Sébastien Peytavie, quant à lui, est malheureusement absent pour des raisons de santé. Il a tenu à me transmettre un texte, qui sera lu également.
Le vendredi 23 octobre, Trappes et La Verrière ont été frappées par une attaque meurtrière. Un jeune homme de 26 ans y a perdu la vie. Plusieurs personnes ont été grièvement blessées, dont une enfant de 12 ans.
Au nom du conseil municipal de Boulazac Isle Manoire, je souhaite dire notre solidarité aux habitantes et habitants de Trappes et de La Verrière. Nos pensées vont aux victimes, à leurs familles, à leurs proches. Nous leur rendons hommage ce soir, à l’heure même du rassemblement appelé par Ali Rabeh, maire de Trappes.
Ce crime, il faut le nommer : c’est un attentat terroriste raciste. Le rapport du procureur de la République est glaçant. Il révèle une haine assumée, longuement nourrie, dirigée contre les personnes de confession musulmane, africaines ou nord-africaines. Il révèle surtout un passage à l’acte prémédité et une absence totale de regret y compris pour la jeune fille de 12 ans qui a reçu 8 balles.
Face à ce drame, nous ne devons pas détourner le regard. Nous devons dénoncer un contexte de banalisation de la haine, mortifère et complotiste.
Après qu’Éric Zemmour de Reconquête, en 2021, a affirmé que : « Trappes […] est régie par la loi islamique », Jordan Bardella, président du Rassemblement national, avait déclaré, en 2022, dans une émission télévisée de bas-étage, que « Trappes est éminemment une république islamique en miniature ». Il avait également qualifié la commune de « capitale européenne du djihad ». Ce 26 octobre, sur BFM TV, Edwige Diaz a assumé et répété que Trappes était une « république islamique en miniature ». Edwige Diaz, vice-présidente du RN, n’est pas une inconnue en Nouvelle-Aquitaine. Elle vient d’être élue sénatrice de la Gironde, présidente du groupe RN au Sénat et au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine. À peine deux semaines plus tôt, en séance plénière à la Région, les élus de gauche – dont je fais partie – se voyaient d’ailleurs accusés par le groupe RN d’être « les amis des islamistes ». Une extrême droite totalement décomplexée dans les médias, dans les institutions comme dans la rue.
Ce contexte porte une responsabilité confirmée par les premiers éléments de l’enquête. Un contexte attisé par les représentants de l’extrême droite, tout comme Bruno Retailleau par exemple, qui ont idéologiquement exploité les inacceptables actes de violence survenus le 17 octobre. L’espace médiatique leur laissant une telle place que l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique a appelé les chaînes de télévision « à la plus grande vigilance » après des excès, « fake news » et dérapages…
Dans le même temps, les tolérances se multiplient : des milices d’ultradroite suprémacistes qui agissent et lancent des insultes racistes, en toute impunité, dans les rues de nombreuses villes de France. Il y a quelques années, cela semblait impossible, car la République combattait la haine sous toutes ses formes. Sur les réseaux sociaux, déferlent des commentaires haineux et des vagues de propos racistes. C’est d’ailleurs ce que j’ai pu constater en lisant de nombreux commentaires sous la publication d’Ici Périgord, sur facebook, relayant notre appel à ce rassemblement de solidarité. Des commentaires construits de la même manière, démontrant la force de frappe de messages « prémâchés », opposant la légitimité de victimes par rapport à d’autres qui seraient plus « françaises »…
Je veux rappeler que nous nous rassemblons aujourd’hui, par solidarité avec les victimes bien sûr et parce que l’attentat commis est porté par une idéologie. Il ne s’agit pas d’un règlement de comptes ou d’un acte isolé. Il s’agit bien d’un attentat visant des personnes considérées par l’auteur comme devant mourir du fait de la couleur de leur peau ou de leur supposée religion.
À force de désigner les immigrés, les musulmans, les habitants des quartiers populaires comme des ennemis de l’intérieur, à force de banalisation des théories du grand remplacement, l’extrême droite, et les médias qui lui offrent une tribune quotidienne, portent une responsabilité claire dans cette haine qui se propage. Ces propos, nous les condamnons avec la plus grande fermeté. Ils n’ont pas leur place dans l’espace public : ni sur les réseaux sociaux, ni dans la rue, ni sur les plateaux de télévision, ni dans les assemblées. Nulle part !
À Boulazac Isle Manoire, nous affirmons au contraire notre attachement à la Liberté, à l’Egalité, à la Fraternité et à la Laïcité. Ces valeurs s’appliquent à toutes et à tous, quelle que soit leur religion, leurs caractéristiques physiques ou leur conviction. Et que les choses soient claires : les propos et actes racistes, antisémites ou visant une religion, et même toute autre forme de discrimination ne relèvent pas de la liberté d’expression. Ce sont des délits !
Face à ceux qui divisent, qui montent les uns contre les autres, qui laissent à penser qu’il y aurait des vrais habitants et des sous-habitants de la France, face à ceux qui tentent de discréditer les rassemblements d’aujourd’hui, nous appelons toutes et tous ensemble à la solidarité et à l’unité pour faire barrage à la haine.
Il faut cesser d’opposer les solidarités pour des raisons idéologiques. Cette logique mortifère ne fait que nous diviser, alors même que les temps que nous traversons exigent que nous nous unissions autour des valeurs communes de la République. C’est pourquoi cet appel émane de tout le conseil municipal de Boulazac Isle Manoire. Nous pouvons être en désaccord parfois même profonds sur les orientations retenues ou les manières d’agir mais il ne peut y avoir de désaccord pour la défense de nos valeurs fondamentales, de notre démocratie et de notre humanité.
Vive Boulazac Isle Manoire !
Vive la République !
Vive la France !
Fanny Castaignede, Maire de Boulazac Isle Manoire
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes réunis ce soir parce qu’un jeune homme est mort. Il s’appelait Pengo Bossio Wangi. Il avait 26 ans. Il était passionné d’arts martiaux, il s’entraînait dur, il rêvait de devenir professionnel. Il avait la vie devant lui.
Vendredi 23 octobre, Trappes et La Verrière ont été le théâtre d’un « assassinat et de plusieurs tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste en raison de l’appartenance à une race ou à une religion ». Tels sont les chefs d’accusations retenus par le procureur. Un homme a ainsi tiré sur des passants blessant cinq personnes, dont une petite fille de 12 ans.
Mes premières pensées vont à la famille de Pengo et à ses proches, ainsi qu’aux blessés et à leurs familles, qui vivent des heures terribles. Elles vont aux habitantes et aux habitants de Trappes et de La Verrière, et à leurs élus.
Mais je veux aussi avoir une pensée pour celles et ceux qui, depuis vendredi, ont peur. Peur de sortir, peur pour leurs enfants, peur d’être la prochaine cible parce qu’ils sont noirs, arabes, musulmans, juifs, ou simplement perçus comme « différents ». Je veux leur dire : vous n’êtes pas seuls.
Car ce drame survient dans un pays où les paroles racistes se banalisent. Quand certains désignent sans cesse à longueur de plateaux TV des boucs émissaires, opposent nos concitoyens entre eux et font de l’origine ou de la religion un motif de suspicion, c’est toute la République qui est attaquée.
Les mots ne tuent pas seuls. Mais ils préparent le terrain. Ils désinhibent.
Alors je le dis avec force : le racisme n’est pas une opinion. C’est un délit. C’est un poison qui détruit des vies et fracture notre peuple. Et la lutte contre le racisme, contre l’antisémitisme, contre toutes les discriminations, est un combat indivisible.
Ce combat, nous le menons ici, en Dordogne, comme partout. Nous refusons qu’on oppose les citoyens les uns aux autres.
L’égalité et la fraternité ne doivent pas rester des mots gravés au fronton des mairies. Elles exigent des actes : une justice ferme, des moyens pour l’éducation et pour la prévention, et une parole publique responsable.
Pengo Bossio Wangi avait 26 ans. Retenons son nom. Honorons sa mémoire. Et faisons en sorte que la haine ne fasse jamais la loi dans notre pays.
Je vous remercie,
Marie-Claude Varaillas, Sénatrice de Dordogne, discours lu par Olivier Georgiadès
Vendredi 23 octobre, un homme, dans sa trajectoire meurtrière, a tiré 128 balles à Trappes et La Verrière dans les Yvelines.
Il a tué un homme parce qu’il était noir. Il a grièvement blessé une fillette de 12 ans, touchée par huit balles, parce qu’elle portait le voile.
Il faut nommer les choses telles qu’elles sont : c’est un attentat raciste et islamophobe.
Cet homme ne vient pas de nulle part. Il s’est nourri du discours de haine et de division de l’extrême droite, et d’une banalisation des propos racistes, xénophobes et islamophobes, toujours plus décomplexés dans les médias et dans notre société.
Depuis des années, les digues tombent les unes après les autres. Nous le voyons chaque jour, jusque dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.
Rappelons-le : le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. Et le racisme tue. Quand il passe aux actes, il menace et fragilise toute notre société. Il la contamine, et notre pays en devient malade.
Je veux citer mon collègue et ami Ali Rabeh, maire de Trappes : « Cette pente est une impasse. Tous ceux qui s’accommodent de ce rapport de force, tous ceux qui véhiculent, en les diffusant ou en les reprenant, ce discours, ces thèmes, ces mots, tous ceux-là seront avalés par le monstre qu’ils auront contribué à nourrir. »
Aujourd’hui, de nombreux compatriotes ont peur. Ce n’est pas normal.
Ce rassemblement est là pour leur dire qu’ils et elles ne sont pas seul·es. Nous sommes à leurs côtés, et nous devons nous mobiliser, toutes et tous.
À travers elles et eux, nous défendons une tout autre idée de la République.
Sébastien Peytavie, Député de Dordogne, discours lu par Antoine Baguelin, Conseiller municipal