Ces stèles qui nous rappellent notre Histoire

Vous avez sans doute remarqué les stèles se dressant au bord de nombres de routes et de chemins de la commune. Pour les plus vieux habitants, leur signification est réelle, et les noms gravés dessus ont des visages. Pour les autres, il s’agit de vestiges de la Seconde guerre mondiale qu’on regarde souvent avec indifférence.

Pourtant, derrière ces noms gravés dans la pierre, il y a des vues brutalement interrompues, des familles endeuillées, des tortures innommables. Alors certes l’été est période de détente, mais n’interdit pas une petite pensée pour ceux qui ont donné leur vie pour notre liberté. Aujourd’hui, nous vous proposons une plongée dans ces vies fauchées à la fleur de l’âge, en vous présentant ces Résistants morts pour la France.

Le contexte historique est connu : nous sommes en 1944, l’armée nazie est harcelée de partout par les Résistants, et en se dirigeant vers le font de l’Atlantique, la division Das Reich et la division Brehmer ont commis de multiples massacres le long du trajet… qui passait par l’ancienne Nationale 89.

De Rouffignac à Terrasson, de Saint-Pierre-de-Chignac à Mussidan, les nombreuses commémorations se déroulant de mai à août sont les rappels de ces combats.

Sur le territoire de la commune, nous intéresserons successivement aux communes de Sainte-Marie-de-Chignac, Saint-Laurent-sur-Manoire, Boulazac et Atur :

  • Le Capelot, 4 mars 1944…

Au Capelot, six maquisards du groupe Gardette conduits par Julot Barataud, dotés d’un fusil mitrailleur s’attaque à un convoi allemand. Un seul rescapé et 3 maquisards mortellement touchés dont “Lulot”, un autre blessé et un cinquième capturé et déporté. Mais que s’est-il passé ?

Le 4 mars 1944, le groupe détachement Gardette, commandé par Samson Roche dit Coco décide d’intercepter une voiture de miliciens venus en opération à Saint-Pierre-de-Chignac. Basés à Blis-et-Born, les hommes descendent par la route d’Eyliac pour rallier la Nationale 89 au passage à niveau du Capelot, où ils veulent tendre une embuscade à cette voiture lorsqu’elle repassera. Mais arrive alors un convoi d’importance, venant de Périgueux, de soldats allemands. Les maquisards décident de ne pas engager le combat et commencent à se replier. Soudain, des coups de feu éclatent. L’ennemi a en effet perçu des manœuvres, et ouvert le feu. Trois Résistants sont tués, cinq sont fait prisonniers, et la vengeance des nazis, comme toujours, sera féroce : toutes les fermes des alentours sont pillées, la maison du garde-barrière est incendiée, et l’ennemi poursuivra jusqu’à Saint-Pierre-de-Chignac où il arrêtera une famille juive. Nous reviendrons sur cette tragédie en présentant la stèle des Rivières-Basses.

Sur la stèle, on peut lire les noms de Pierre Bonnefond, Paul Barataud et Paul Grenier.

Pierre Bonnefond avait 23 ans, et était originaire de Sainte-Marie. Ses parents vivant à proximité de l’endroit où devait se dérouler l’embuscade, il avait demandé, et obtenu l’autorisation, d’aller leur dire bonjour. Après avoir embrassés ses parents, il est retourné au Capelot. Il fut le premier à tomber sous les balles allemandes, et son père et sa mère, après avoir eu la joie de l’embrasser brièvement, durent aller, quelques heures plus tard, chercher son corps sur le lieu de la bataille.

René Barataud avait 20 ans. Il était originaire de Haute-Vienne. Avec Pierre Bonnefond et Alain Province (qui fut blessé, arrêté, emprisonné et torturé pour révéler où se trouvait son camp mais eu la chance de rester sur Périgueux et d’être donc libéré en même temps que la ville), il était derrière la maison du garde-barrière d’où ils assuraient un feu fourni contre l’ennemi. Mais celui-ci était bien supérieur en nombre et en armement, et après Pierre Bonnefond, il succombera aussi à cet endroit.

Paul Grenier était le plus jeune. Il n’avait que 19 ans en 1944, et c’était déjà pourtant un maquisard aguerri. Mais l’assaut des nazis ne lui laissera aucune chance : il sera abattu sur place.

Ce qui frappe, bien sûr, c’est l’extrême jeunesse de ces suppliciés. A l’âge où on ne devrait penser qu’à l’avenir, à la fête, aux copains, ils vivaient au fond des bois, dans l’humidité, le froid, avec une nourriture aléatoire, et des combats dont ils n’étaient jamais assurés de revenir, avec le spectre de la torture au-dessus de leurs têtes, poursuivant l’idéal d’une France libre et débarrassée du joug du IIIe Reich. Ils ne verront jamais l’aboutissement de leurs rêves.

  • Les Rivières Basses, tragédie indissociable du Capelot

Mi-février 1944, un détachement du groupe Gardette, tend une embuscade à une colonne allemande. Les maquisards avaient été prévenus qu’elle se dirigeait le Bugue, et se sont positionnés aux Rivières Basses, lieu-dit sur la RD 710 (route de Sarlat), à mi-chemin entre Les Versannes et Niversac.

Ce lieu (dont la configuration n’a guère changé) offrait plusieurs avantages : aucune maison à proximité dont les habitants auraient pu subir des représailles, une bonne visibilité, et de bonnes possibilités de repli. L’opération réussit parfaitement. 15 ennemis seront tués, sans aucune perte dans les rangs des Résistants.

La politique de la terreur instaurée par l’occupant ne pouvait laisser cet acte impuni. Après les combats du Capelot, la colonne avait poursuivi son chemin jusqu’à Saint-Pierre-de-Chignac, sa destination initiale, et arrêté des Juifs, la famille Meyer, dont les parents avaient 51 ans, et leur fils de 20 ans, Louis Blaustein, 29 ans, Mendel Stern, 64 ans, et Tania Tenenbaum, 40 ans, qui ont été emprisonnés au 35e Régiment d’infanterie à Périgueux.

Dans une mise en scène sordide, le 27 mars, 25 otages pris dans cette prison dont certains des pré-cités, et dans celle de Limoges sont emmenés sous bonne escorte aux Rivières Basses, là où avait eu lieu le combat de la mi-février, et ont été passés par les armes. Miraculeusement, deux otages échappèrent au coup de grâce et parvinrent à s’enfuir et à survivre, Tania Tennenbaum, et Joseph Camotti.

La stèle porte les noms des 23 victimes, mais cinq d’entre elles n’avaient pu être identifiées jusqu’à récemment :
Stern M., Blaustein L., Granat H., Katz N., Granat I., Burstein O., Chaminade A., Galinat J., Gelcman A., Bloch G., Dreyfus-Sée A., Coste J., Falk A., Sveida H., Debernard J., Manoukian B., Guir R., Bussière P., 5 inconnus.
Les recherches conduites par Bernard Reviriego, archiviste à Périgueux, ont permis d’établir l’identité des cinq victimes inconnues :
Henri Dunayer, Gerhard Joachim, Mendel Sikove, Johan Trojanowski et Simon Wolfgang.
La nouvelle plaque avec les noms de tous a été inaugurée dimanche 10 mars 2019.

  • Lesparat, une jeunesse fauchée

Ils avaient de 22 à 25 ans, et ont perdu la vie dans les combats à Lesparat le 11 juin 1944.Peut-être avez-vous déjà remarqué la stèle qui se trouve derrière le pont de chemin de fer, à Lesparat, à gauche quand on remonte vers Bonnabeau.

Dans la nuit du 10 au 11 juin, de violents combats ont opposé des Francs-tireurs et partisans (FTP) et un détachement de sécurité de la division Das Reich, sinistre bataillon qui, le 9 août, avait arrêté 120 hommes de 16 à 60 ans à Tulle, et en avait pendu 99.  Le lendemain, c’est Oradour-sur-Glane qui était victime de sa férocité. On y déplore 642 victimes. Parmi elles 246 femmes et 207 enfants, dont 6 de moins de 6 mois, brûlés dans l’église. Oradour-sur-Glane est devenu en Europe occidentale le symbole de la barbarie nazie.

Ce sont sur des hommes de cette sinistre division que sont tombés André Faure (22 ans), Georges Joyeux (24 ans) et Charles Eugène Schwartz, 25 ans ce 10 juin en descendant cette colline, qui n’était alors couverte que de forêts et d’exploitations agricoles familiales. Ces trois FTP appartenaient au groupe Georges Naboulet, alias l’Ancêtre. Contre un ennemi lourdement armé, les trois jeunes gens n’avaient aucune chance, et ils ont trouvé la mort à cet endroit. La stèle a été érigée à l’endroit où ils sont tombés.

16/08/2021

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